Interview Amaury Blanc( RadioMetal)

Publié: 17 février 2014 par sonsofmetal Mike dans Interviews
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applirmfIl est toujours difficile de mener un projet à terme dans le milieu de la musique, et ce d’autant plus dans la musique dite «minoritaire ». Nous avons posé quelques questions à Amaury, patron de Radio Metal qui a pour projet de lancer un Festival Metal avec l’aide des fans, par le biais de la célèbre structure de crownfunding My Major Compagny.

Nous avons posé quelques questions au patron de Radiometal.com initiateur de ce projet, Amaury Blanc.

radiometal

Amaury Blanc » Doc », créateur de Radio Metal

 Sons Of Metal : Salut Amaury, comment vas-tu ? J’imagine que tu es un peu stressé après avoir lancé un projet tel que le « Radio Metal Fest » ?

Un peu fatigué, oui, car porter un tel projet c’est quand même beaucoup d’énergie à dépenser sur de la communication en plus de nos activités « normales » ! Le stress, c’était surtout dans les premiers jours. On n’était pas vraiment familiers avec le principe de financement participatif, la manière de présenter un tel projet, etc. On se lançait un peu dans l’inconnu avec ça et on a dû assez vite apporter quelques ajustements. Et puis surtout, le plantage du site trois jours après le lancement a un peu mis nos nerfs à l’épreuve. Mais voir que l’idée du festival lui-même rencontre un écho quand même favorable auprès du public nous rassure.

SOM : Quel a été ton parcours pour créer Radio Metal et arriver jusqu’à cette idée, un peu folle, de lancer un festival 100% français au Zénith de Paris ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce concept de festival ? Depuis combien de temps as-tu ce projet ?

Je me suis lancé dans l’aventure Radio Metal en parallèle de mes études à la fac quand j’avais 20 ans. Je suis parti, en tant que fan de metal, d’une frustration : le fait que tous les styles musicaux majeurs étaient représentés dans le paysage audiovisuel français mais pas le metal. Le jazz et le classique ont leurs radios nationales spécialisées, la variété française a envahi les ondes et la télévision, le rap, le reggae, les musiques électroniques, la pop, etc. ont tous une reconnaissance médiatique assez importante. Alors que le metal se contente d’être ignoré au mieux, ce qui n’est pas cohérent avec le fait que des artistes internationaux appartenant à ce style parviennent à remplir les plus grandes salles du pays et même des stades. Il y a certes une communauté et des structures très actives, notamment bénévoles, qui permettent au metal de vivre, mais tout ça reposait (c’est encore le cas aujourd’hui) souvent sur une certaine forme de précarité et d’artisanat. C’est un milieu de passionnés, et c’est sa plus grande richesse dans un monde de plus en plus superficiel. Cependant, assez peu arrivent au final à en vivre, ce qui est forcément un frein au développement de cette culture. Par exemple, un magazine spécialisé en particulier s’en est bien sorti en parvenant à salarier une équipe, c’est Rock Hard, la référence en la matière. Personnellement, j’ai toujours voulu suivre cet exemple de réussite, d’investissement humain et, évidemment, de qualité de travail. Idem pour le Hellfest qui représente aujourd’hui un exploit incroyable dont on est vraiment admiratifs au sein de la radio. Je suis donc parti dans l’idée de monter mon propre projet professionnel, une radio exclusivement consacrée au metal dans toute sa diversité. Pendant deux ans, j’allais aux concerts dans la région Lyonnaise avec mon bloc notes sous le bras questionner les gens sur cette idée, faire une étude de marché en somme, et j’ai rencontré des professionnels de la musique pour obtenir leur avis, etc. Puis, le 1er avril 2007, Radio Metal a émis pour la première fois sur internet et j’ai animé ma première émission dans un modeste local – qu’on a toujours d’ailleurs ! – derrière un ridicule micro d’ordinateur – qui lui a depuis été remplacé par du vrai matériel. Ca a été sacrément difficile car lorsqu’on est arrivés, aucun décisionnaire important ne voulait pas entendre parler du web, encore moins investir dedans, parce qu’ils n’avaient pas du tout confiance en ce support qualifié à l’époque d’amateur. On a donc bataillé comme des fous pour convaincre. Comme tu peux le constater, les choses ont bien changé depuis et Radio Metal a sacrément évolué, grâce à une équipe d’acharnés et en faisant quelques bons choix, même si au final on reste encore une petite structure sur le papier et dans nos revenus.

Le Radio Metal Fest rentre dans la continuité de notre démarche, de vouloir participer avec d’autres à changer les choses pour le metal en France. On s’est posé la question : qu’est-ce qu’on peut faire pour essayer de marquer les esprits au-delà de la communauté metal et qui n’aurait pas déjà été tenté ? Comment donner une visibilité plus grande à la scène metal française ? Il faut savoir que si de nombreux groupes visent très vite aujourd’hui l’étranger, et en particulier les Etats-Unis, c’est parce qu’ils peinent à trouver un écho suffisant dans leur propre pays. On a ainsi eu l’exemple de Gojira, évidemment, qui a vécu un tournant en France grâce à sa reconnaissance internationale. Et puis en discutant avec les professionnels du milieu on se rend compte que beaucoup de groupes vont voir leur manageur ou chargé de promo pour leur demander des choses du genre « qu’est-ce qu’on peut faire pour être mieux reconnu en France ? Comment peut-on sortir de notre bulle ? Comment peut-on montrer aux médias généralistes qu’on existe ? » Donc voilà : l’idée du Radio Metal Fest, qui a pour vocation de mettre en avant les ténors de la scène française mais aussi de plus petits artistes, dans l’une des plus prestigieuses salles de la capitale, est née de la volonté non seulement de faire la plus grande fiesta possible pour célébrer le metal français, mais aussi de montrer que tout ça existe et que c’est une erreur de la part des décideurs de l’audiovisuel de l’ignorer. Avec dans l’idée que ce sont des initiatives de ce type qui pourraient faire réfléchir certains de nos politiques qui passent leur temps à défendre la culture française et le « made in France », car notre projet va dans ce sens. Après on ne dit pas que ça fonctionnera, mais au moins on essaye. Ca fait donc deux ans qu’on a cette idée en tête, à essayer d’évaluer si un tel événement est faisable, à tâter le terrain auprès de groupes, de professionnels, etc. Au départ on l’a fait en pensant pouvoir réunir le budget par nous-mêmes, mais aujourd’hui on n’y est pas encore. C’est pour ça que, plutôt que d’attendre plus longtemps, on s’est penchés sur la question du financement participatif.

SOM : Sur de nombreux réseaux sociaux ainsi que sur des blogs et forums, l’idée d’un tel festival ne fait pas l’unanimité. On peut même y voir une certaine animosité à ton encontre. T’étais-tu préparé à ce genre de réactions ?

Oui, évidemment, ça fait depuis que la structure existe et a commencé à croître que l’on rencontre ce genre d’animosité, avec quelques personnes qui ont toujours tenté de nous mettre des bâtons dans les roues (« Non, je ne veux pas que tu sois partenaire avec Radio Metal sinon nous on ne parle plus de toi ! », ce genre de choses…) et quelques conservateurs qui voient d’un très mauvais œil que l’on puisse chercher à professionnaliser le metal sur le web et à en faire son métier. Alors on nous explique par exemple qu’on n’est pas de vrais passionnés parce qu’on cherche à salarier les permanents qui travaillent pour Radio Metal, qu’on est pourris par le fric, etc. Ce qui est étonnant et plutôt démago parce qu’on n’a jamais reproché ce genre de choses à la presse papier par exemple, et heureusement. Au final, ce n’est qu’une question de support qui diffère. Et si on regarde Outre-Atlantique, la problématique ne semble s’être jamais posée. Bref, je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi certains sont si remontés contre Radio Metal. Peut-être parce qu’on a évolué trop vite, qu’on a perturbé le petit pré carré de certains, qu’on se caractérise par une certaine liberté de ton, surtout à nos débuts, peut-être une apparente assurance ou une ambition qui irrite, etc. Et puis surtout on voyait bien que l’idée du financement participatif en tant que tel ne faisait pas l’unanimité, même parmi les personnes qui nous suivent ou qui n’ont rien de particulier à notre encontre. Donc oui, on s’attendait à une certaine animosité. Je ne dirais pas que ça nous fait plaisir ou qu’on n’en souffre pas un peu moralement, mais oui, on s’y était préparé. Après on ne veut surtout pas se victimiser ou quoi que ce soit : c’est comme ça, c’est la jungle et jusque-là ça ne nous a pas empêché d’avancer. Sans compter qu’on essaye de faire la différence entre l’animosité et les critiques constructives qu’il faut savoir accepter. Et puis heureusement d’un autre côté qu’on trouve aussi énormément de soutien et qu’on arrive à se serrer les coudes avec d’autres structures, comme nos potes de Metalorgie par exemple.

SOM : Quelle a été ta réaction quand tu as vu ton projet soutenu par Madmoizelle, alors que celui-ci est décrié par une partie de tes collègues du milieu ?

Plutôt surpris dans un premier temps, agréablement évidemment. Car en règle générale les projets de crowdfunding n’intéressent pas les médias avant qu’ils n’approchent de leur but ou qu’ils l’aient dépassé. Et puis content, forcément, de voir que la cause elle-même trouve un écho ailleurs que dans le cercle même du metal.

SOM : Sans vouloir mettre l’accent sur certains points « négatifs » relevés sur ces réseaux, il y a quelques points qui mériteraient peut-être quelques éclaircissements :

-Pourquoi avoir choisi My Major Compagny, sachant que d’autres plateformes de crowfunding existent et prennent une commission moins importante les gains finaux ?

Parce qu’on sait qu’ils ont montré par le passé qu’ils savaient faire du travail de qualité en termes de promo et qu’ils ont quelques gros succès à leur actif. On recherchait aussi une plateforme qui saurait nous accompagner dans le projet, et ils le font parfaitement bien. On trouve toujours moins cher ailleurs, mais quoi qu’il arrive, un service ça se paye. Et on peut légitimement penser qu’une plateforme qui récupère 10% de la somme, ce qui reste encore raisonnable, sera plus motivée par la réussite de ses projets que si elle ne récupérait que 5%.

-Pourquoi avoir choisi le Zénith pour une première édition (sachant que les frais de location d’un Zénith sont colossaux) ?

Les frais de location du Zénith de Paris sont assez élevés, certes, et pour cause : cette salle peut contenir jusqu’à 6 300 spectateurs. Et si on veut marquer le coup et prouver que la scène Française à elle seule est capable de fédérer beaucoup de monde, autant que des pointures internationales, il faut bien ça. Le Bataclan, c’est 1 500 personnes, et l’Olympia près de 2 500 personnes, et ça a déjà été fait par des groupes français. Bercy, en revanche, c’est beaucoup trop gros et beaucoup trop cher pour le coup, irréaliste même. Le Zénith représentait donc la salle idéale pour ce qu’on avait en tête, dans la mesure où il était réalisable et que proposer une affiche metal 100% française dans une salle de cette envergure n’avait à notre connaissance jamais été fait, tout en ayant un prix du billet dont on fera tout pour qu’il soit le plus raisonnable possible (il est à 30 euros dans les contreparties du financement participatif).

– Sur la présentation du projet, aucun groupe n’est confirmé. Est-ce parce que ces derniers attendent de voir le projet aboutir pour te suivre ou est-ce une volonté de ta part de ne pas divulguer les noms ?

C’est très simple : comment pourrait-on demander à des groupes de s’engager ne serait-ce que sans pouvoir leur proposer de dates ? Pendant les deux années qu’on a passées à réfléchir sur la réalisation de ce projet, on a eu des retours extrêmement encourageants de groupes ou de leurs manageurs/tourneurs/agents. Evidemment, quel groupe français ne se verrait pas mettre le feu au Zénith de Paris ? Qui peut dire que réunir entre 3 500 et 6 000 fans devant une affiche 100% française est une mauvaise chose ? Les tous premiers jours, on a voulu montrer l’affiche que l’on avait en tête mais c’était une erreur car, comme on l’avait précisé, on ne pouvait obtenir aucun engagement avant de commencer à planifier quelque chose, et on ne peut pas planifier grand-chose sans le budget complet.

-Aucune date du festival n’est annoncée, pourquoi ?

Ca rejoint la réponse précédente. Pour annoncer une date, il faut déjà mettre une option sur la salle. Or on ne peut pas réserver une salle si on n’a pas le budget pour le faire. C’est aussi simple que ça. Mais on a bien des idées en tête, comme certaines périodes creuses en termes de concert pour éviter d’entrer en conflit avec d’autres concerts ou les festivals d’été, comme en janvier ou février – en plus les gens pourraient s’offrir la place pour Noël. Et évidemment un samedi. Mais rien de fixé.

-Sachant que tu expliques que le festival va être coproduit par une structure spécialisée, pourquoi ne donnes-tu aucun nom ?

Il y a des gens intéressés mais avant de faire un choix et d’impliquer un producteur de spectacle, il faut pouvoir offrir des garanties, ce que l’on n’est pas en mesure de faire sans le budget. Comme vous voyez, beaucoup de choses reposent sur le fait d’avoir le budget. Et c’est clair que si tu arrives avec 100 000 euros sur la table, une idée viable, un terrain déjà préparé et un plan d’action, tu peux être sûr que ça se bousculera au portillon. Mais c’est clair qu’à aucun moment on n’a pensé faire ça seuls. Nous sommes un média, et même si certains dans l’équipe ont déjà organisé ou participé à des petits concerts locaux, la production de spectacle, ce n’est clairement pas notre métier. Et dans tout ce que l’on a entrepris à Radio Metal, on a toujours fait appel à des personnes compétentes dans chaque domaine. C’est pour ça qu’on passe par des prestataires en qui on a confiance pour un certain nombre de choses (travaux de retranscription et traduction, design, appli smartphone, etc.). Ce sera donc la même chose pour le Radio Metal Fest : les bonnes personnes aux bons endroits.

SOM : Tu expliques que cet événement servira de levier pour pouvoir faire de Radio Metal une radio diffusée sur la bande FM. Pourrais-tu nous en dire un peu plus ?

La bande FM c’est notre objectif depuis le premier jour. Mais on a assez vite mis l’idée en stand by parce qu’on s’est vite rendu compte que ça pouvait coûter cher et que la politique des quotas de langue française telle qu’elle est définie et appliquée actuellement était un vrai frein pour un genre musical tel que le metal. Et puis aussi parce qu’on a vite commencé à entrevoir d’autres axes de développement plus à notre portée dans un premier temps, comme le fait de compléter le volet radio avec un volet rédactionnel pour en faire un double média. Mais on s’est effectivement dit que mettre sous le nez des politiques et du CSA, par exemple, que l’on avait en France un riche vivier d’artistes, couplé avec notre expérience depuis sept ans, pouvait peut-être nous permettre d’avoir des arguments de poids pour passer outre certains obstacles et obtenir une fréquence FM à moyen terme.

SOM : Afin d’éclaircir un doute, le site de Radio Metal a été indisponible pendant quelques jours, juste après le lancement de ce projet. Avez-vous été victime d’un « pirate » ou est-ce vraiment un coup du mauvais sort ?

En toute franchise, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé. Le fait est que depuis plusieurs mois notre site subissait des ralentissements chroniques à la publication de certains articles très lus (le No Comment notamment, c’était systématique). On était avec notre webmaster en phase d’ « audit » pour ainsi dire et d’optimisation de notre site, et on avait planifié de le transférer sur un autre serveur. Pour une raison ou une autre, le serveur web a explosé ce fameux lundi, et après que notre webmaster ait bataillé pour essayer de remettre les choses en place sans grand succès, on a décidé de ne pas attendre plus longtemps et de tout transférer plus vite que prévu sur l’autre serveur. A-t-on été victimes d’un pirate ? On ne sait pas vraiment encore. Ca nous est déjà arrivé, mais depuis on a pas mal verrouillé la sécurité. Donc on préfère croire que c’est un mauvais coup du sort.

SOM : Si, par malchance, le projet n’aboutissais pas, laisserais-tu tomber l’idée de ce festival ?

Abandonner complètement l’idée ? Non, pas tout de suite en tout cas, pas avant d’avoir essayé d’autres options. On cherchera d’autres moyens, du côté des subventions peut-être, on a aussi déjà été voir des banques et on a quelques pistes de ce côté-là également. Peut-être qu’on se déportera sur des événements plus modestes aussi, on verra. Et puis, sait-on jamais, si nous ne réussissons pas, peut-être que ça aura donné des idées et que d’autres tenteront le coup, peut-être avec une meilleure stratégie, et y parviendront.

SOM : Même question avec la radio sur la bande FM. As-tu d’autres pistes pour y arriver ?

J’avoue que le Radio Metal Fest est notre meilleur atout pour le moment, dans la mesure où ça nous offrirait un argument fort pour essayer d’obtenir à moyen terme une fréquence FM, lorsque nous déciderons de faire les démarches.

SOM : Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions J’espère que cela donnera des réponses à certains. Je vous souhaite à toi et toute l’équipe d’arriver à mettre en place cet événement.

Merci les gars de vous intéresser à notre projet et d’essayer de mieux comprendre notre démarche, car on lit parfois des choses assez… étonnantes à notre sujet. On a toujours été très attachés à une certaine transparence et c’est donc avec plaisir que l’on répond aux questions. J’espère en tout cas que ça a pu éclairer certaines interrogations que les gens peuvent avoir.

pour soutenir le projet rendez-vous ici

Mike

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