Interview avec Christophe Sousa de Dooweet – 15 février 2013

Publié: 16 février 2013 par abfors dans Interviews

Vendredi 15 février, un astéroïde de 45m de large frôle la Terre après l’impact d’un de ces rochers spatiaux en Russie la veille…
Bien entendu à Sons-of-Metal se déroulait un autre évènement tout aussi intéressant : Christophe Sousa, gérant de la maison de promotion Dooweet nous a accordé près d’1h30 d’interview sur le chat de Sons-of-Metal, de 20h à 21h30.
Dooweet, sa création, ses objectifs, ses perspectives, la concurrence… Les chatters ont également pu y participer, un jeu de question-réponse riche et sans langue de bois.
Alors, qu’attendez-vous pour la lire ? Do it !

Christophe Sousa, gérant de Dooweet

Sons of Metal : Bonsoir Chris comment va tu ?
Chris (Dooweet) : Très bien, merci pour l’invitation !

Sons of Metal : Peux-tu commencer par nous présenter Dooweet, sa création et ses débuts ?
Chris (Dooweet) : Alors Dooweet a été créé le 15 Mars 2012, il y a donc tout pile onze mois. Pour être tout à fait honnête, c’est un projet que j’ai mis deux ans et demi à développer avant de le lancer. Au début, je voulais lancer un site internet sans-trop-savoir-de-quoi, et puis un ami musicien m’avait parlé d’une boite de promotion dans laquelle il avait signé qui les saignait de 150€ et qui n’en valait pas la peine. Du coup, j’ai décidé de faire la même chose mais en gratuit. Le nom « Dooweet » vient d’un cochon d’inde. En fait, je cherchais sur Google différentes façons d’entendre « Do It » et je suis tombé sur ce blog, tenu par une espèce de folle adoratrice de son cochon d’inde et Dooweet est resté. L’idée était d’être le mieux référencé possible et je me suis dit que ce blog ne nous ferait peut-être pas grande concurrence ! (rires)

Mathilde (chat) : Je me suis rendue compte que tu réponds souvent à la critique sur les réseaux sociaux et c’est souvent perçu comme étant de la prétention… Tu en dis quoi ?
Chris : Pour être tout à fait franc, je n’ai rien à faire de ce que les gens pensent de moi, seul le projet compte. C’est comme un jeu d’acteur on dira, tu as la vie « Dooweet » et la vraie vie derrière. Oui, je réponds à la critique mais souvent je vise juste. Je ne mâche pas mes mots et les grandes gueules sont souvent mal perçues car on les croit prétentieuses.
Par contre, jusqu’à présent, le type de personne qui nous critique est souvent le même… Ou du moins il appartient à l’une de ces catégories (là aussi, je vais passer pour quelqu’un de prétentieux, attention). Les groupes auxquels on n’a pas donné suite, les propriétaires de « boites de promotion » payantes (les guillemets sont très importants), les membres de groupes mariés ou en couple avec des propriétaires de « boites de promotion », les gens à qui je réponds sans détour…

Sons of Metal : Comment les groupes « pros » voient dooweet ? Une petite structure qui donne un coup de pouce ou un véritable acteur de la scène metal ?
Ch. : À mon sens, on est une petite structure qui donne un coup de pouce. Simplement parce que sans dizaines de milliers d’euros, on ne peut pas faire de promotion, et on n’a pas ces budgets-là. Par contre, on essaie tant bien que mal d’aider les groupes, pros ou amateurs. Les prochaines entrées sur le roster sont Loudblast et Gorod, deux groupes confirmés de la scène métal, déjà présents. Il y a entre autres Zuul FX, ETHS mais également Blazing War Machine et The Prisoner, un groupe canadien qui grimpe. Je pense que ce que l’on fait est apprécié mais on n’a pas aujourd’hui la possibilité de gérer la promotion d’un artiste de A à Z, on essaie plutôt d’appuyer un travail déjà existant.

Robin (chat) : Tu as parlé plus haut des boites de promo (et du coup vu que je suis concerné ça m’intéresse), tu ne penses pas faire de la concurrence complètement déloyale avec ton système et que tout travail mérite salaire ?

Ch. : Je pense très sincèrement que TRÈS PEU de boites de promotion en France valent le coup. Justement, dans la promotion, ce n’est pas le travail qui compte, mais seulement le résultat. On bosse avec REPLICA PROMOTION qui est une boite d’expérience avec des gens du métier, respectueux et qui n’ont pas vraiment le temps de cracher sur les autres car ils ont autre chose à faire. Non, Dooweet ce n’est pas de la concurrence déloyale. Je pars juste du principe que ce qu’on fait (mis à part le travail de Delphine, notre salariée) ne mérite pas de salaire. Si les autres font la même chose que nous moyennant finances, c’est qu’il y a un sérieux problème et il ne vient pas de nous.

Sons of Metal : Penses-tu que le fait que ce soit gratuit apporte un meilleur investissement de la part des groupes ?
Ch. : Je pense que notre rapport avec les musiciens change, surtout. En fait, ça nous a permis de créer de vraies relations de confiance (et pour certains, d’amitié).
Après les groupes, il y a deux types… Ceux qui pensent que tout tombe du ciel et ceux qui au contraire, comme tu dis, s’investissent plus, en se rendant compte que si c’est gratuit, c’est aussi parce qu’on a besoin de leur aide et de leur bonne volonté.

Sons of Metal : Est-ce que le fait que ce soit gratuit est le principal reproche que l’on vous fasse du coup ?
Ch. : Non, le principal reproche qu’on nous fait, c’est le nombre de groupes… Près d’une cinquantaine. Mais on est une quinzaine à gérer ça derrière.
Comme dit plus haut, on ne gère pas des campagnes promo de A à Z et, le revers de la médaille du gratuit, c’est qu’on est obligés d’avoir une grosse « vitrine » pour attirer les sponsors qui sont notre financement principal.

Robin : Tu n’as pas peur de faire de la promotion quelque chose de discount, « bas de gamme » avec Dooweet ?
Ch. : Le bas de gamme est déjà là mais nous on le fait gratuitement. C’est la différence majeure pour moi, je pense que le meilleur juge pour ça, ce sont nos artistes. À mon sens, on développe des projets intéressants. Certes, pas toujours gratuits, pour une compilation par exemple on ne peut pas couvrir les frais de pressage…
Mais on se bouge dans les radios et webradios, sur ALIGRE FM ou tous les lundis soir sur ROCK EN FOLIE.
Lorsqu’on organise un évènement, on n’hésite pas à rester parfois jusqu’à 4 ou 5h du matin pour répondre aux questions, on relaie également l’actualité de nos groupes via notre newsletter qui comporte plus de 15 000 contacts !

Sons of Metal : Justement, comment êtes-vous financé ? Hormis les évènements ?
Ch. : Les évènements, ça ne rapporte pas… Simplement parce que, lorsqu’on organise des concerts, jusqu’à maintenant, on divise le bénéfice entre les groupes et nos soirées sont gratuites.
Par contre, ce qui nous rapporte de l’argent, c’est principalement le merchandising et nos sponsors, la publicité également.

Sons of Metal : Penses-tu que Dooweet restera un projet gratuit ou envisages-tu d’en faire une agence « discount » dans le futur ?
Ch. : Pour les groupes que l’on a pour le moment, Dooweet restera toujours gratuit.
Actuellement, on lance Dooweet Records, qui devrait nous aider financièrement, car le projet (je pense) est plutôt bien abouti tout en restant très abordable. Ce que l’on fait est écrit noir sur blanc et il n’y a pas de mauvaises surprises.
Par contre, on hésite toujours à lancer une sorte de formule « premium », pour par exemple assurer une promotion d’album de A à Z, avec de la publicité magazine / radio etc, qui coûtent pas mal d’argent. Si tel est le cas, on restera dans le discount, très abordables et on fera tout notre possible pour être en dessous des prix du marché.

Robin : Donc Dooweet aura une version payante ?

Ch. : Rien de sûr pour le moment car on n’a pas réussi à concevoir quelque chose de bon marché et de qualité. Les simulations que l’on fait ne sont pas satisfaisantes et aujourd’hui, on ne voit pas comment assurer une bonne promotion d’album à moins de 1 500 euros. Si les deux ingrédients ne sont pas là, on ne se lancera pas.

Sons of Metal : Comment sélectionne tu les groupes faisant appel aux services de Dooweet ?

Ch. : On ne recrute plus de groupes mais avant, on fonctionnait vraiment au coup de cœur !
Par exemple, pour ETHS, je suis fan de ce qu’ils font depuis leur toute première démo… Et lorsque j’ai appris le départ de Candice, en voyant les réactions des internautes et de certains fans qui dénigraient le groupe, je leur ai proposé Dooweet pour essayer de leur apporter quelque chose de plus.

Sons of Metal : Et si par exemple demain vous recevez une demande de la part de Motörhead par exemple, comment serait ta réaction sachant Dooweet ne recrute justement plus de groupes ?

Ch. : On ne prend pas de groupe qui n’a pas besoin de nous !
Même si par miracle on recevait une proposition ne serait-ce que d’un Gojira, on ne pourrait rien leur apporter.

Sons of Metal : Un contrat est-il signé avec les groupes du roster ? Avec une date de début et de fin ?

Ch. : Alors ! Là, c’est étrange. Jusqu’à maintenant, on n’a pas fait signer de contrats. Ils étaient censés être prêts fin janvier… En gros, Dooweet s’engage sur un an renouvelable tacitement, et les groupes peuvent se dégager sur simple mail.

Mathilde : Du coup vous bossez juste avec vos groupes ?

Ch. : Non, on ne travaille pas qu’avec les groupes de notre roster. On aimerait tellement bosser avec tous les groupes qu’on apprécie, mais pour garantir une certaine qualité, on est obligés de limiter le nombre de groupes. À côté de ça, on a notamment un module d’envoi de news sur notre site et l’on relaie l’actualité de qui veut via nos réseaux sociaux.

Sons of Metal : Comment se passe le recrutement du staff de Dooweet ? Faites-vous passer des entretiens d’embauche ?
Ch. : Le recrutement, c’est soit au CV, soit à la motivation.
Pour certains postes, on est obligés de prendre des gens qui connaissent leur travail, notamment vis à vis de la promotion. Mais bon, tout s’apprend, alors on n’est absolument pas fermés aux « débutants ». On a la chance d’avoir dans notre équipe des gens qui ont travaillé pour des boites assez connues (Roadrunner, Salamah Prod…) qui nous garantissent une certaine stabilité et efficacité en termes de promo, mais également des gens qui débutent, à qui on confie progressivement des « missions » de plus en plus importantes.
J’appelle au moins systématiquement toutes les personnes qui postulent, en leur demandant ce qu’elles aimeraient faire, et ce qu’elles ont déjà fait. À partir de là, on voit ensemble ce qui est envisageable et ça me permet souvent de voir si la personne au bout du fil est réaliste et sait de quoi elle parle…

Sons of Metal : Peux-tu nous parler un peu de l’actualité Dooweet ; news de groupes, concert…

Le lancement du label Dooweet Records prévu pour le 15 mars

Le lancement du label Dooweet Records prévu pour le 15 mars

Ch. : Actuellement :
– This Deafening Whisper sort son album bientôt, avec une release-party à la Boule Noire et un nouveau clip.
– On boucle le « Dooweet Tour », une tournée de pas mal de dates avec uniquement des groupes du roster Dooweet…
– Le 15 mars, lancement du label « Dooweet Records » avec une soirée d’inauguration à Paris
– 27 dates, avec des groupes de « Core », allant du Metalcore au Deathcore…
Je suis assez superstitieux alors je ne peux pas donner trop de détails (sourire).
Mais en voyant les flyers de groupes qui commencent à sortir… On peut facilement déjà faire quelques recoupements.

Mathilde : Et à part Dooweet, tu fais quoi dans la vie ?
Ch. : Avant je travaillais à la Cité de la Musique de Paris et maintenant, je suis en train de lancer ma SARL de promotion artistique… Qui n’a rien à voir avec Dooweet.

Le groupe québécois The Agonist

Sons of Metal : The Agonist, du Québec, fait également parti du roster, la distance n’a-t-elle pas posée de soucis?
Ch. : The Agonist (et leur label) cherchent à faire en sorte que le groupe réussisse à envahir l’Europe et nous faisons partie de cette aventure, pour la France ! On ne fait que de la promotion web pour le groupe.

Sons of Metal : Pour l’instant les groupes sont quasi tous français (excepté donc The Agonist), souhaites-tu promouvoir davantage de groupes étrangers pour le futur ?

Ch. : Non, The Agonist reste un cas vraiment à part ! On ne se concentre que sur les groupes français, belges ou suisses.

Sons of Metal : Quel a été ton parcours d’étude ?

Ch. : J’ai suivi une formation de Management Artistique et Culturelle à l’école ATLA à Paris. Avant ça, j’avais passé un bac scientifique qui ne m’a jamais servi à rien et j’ai une licence d’anglais qui ne m’a servi à rien non plus.
Du coup, sur trois diplômes, j’ai dû en choisir un avec lequel je pouvais à peu près faire quelque chose et en jetant des dés, le diplôme de l’école ATLA semblait être le mieux (rires).
Je voulais être princesse aussi, mais Kate Middleton m’a doublé (rires).

Sons of Metal : A tu un objectif précis au-delà de la promotion de tous ces groupes depuis la création de Dooweet ? Ton intérêt ?
Ch. : Dans la vie, il y a deux choses importantes : les filles et l’argent. Dooweet est gratuit. Sinon, je pense que mon intérêt là-dedans, en fait, c’est juste d’avoir un projet qui roule !

Sons of Metal : Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui Dooweet est un vrai « plus » pour les artistes du roster ? Êtes-vous devenus indispensable auprès de certains d’entre eux ?
Ch. : Non ! On n’est pas indispensables et heureusement ! Si une boite de promo devient indispensable à un artiste c’est qu’il y a un problème…
Par contre, je pense que chacun y trouve son compte, on essaie de répondre aux demandes que nous formulent les groupes et on ne cherche pas à être indispensables…
Ce n’est pas du tout l’objectif de ce projet. On essaie juste de créer quelque chose de sain. Je pense que Dooweet permet d’apporter un certain équilibre dans le marché de la promotion.

Sons of Metal : Quel est pour toi le groupe dont tu es le plus fier d’avoir dans ton roster ?
Ch. : Le plus fier ? Il n’y en a pas vraiment, en tout honnêteté, j’aime tous les groupes qui y sont…
Mais bon, de manière générale, je suis plus proche des groupes parisiens et d’Île de France car on se croise tous les week-ends quasiment.
J’aime beaucoup aussi FAKE MESSIAH car Audrey, leur leader, se donne à fond pour faire en sorte qu’ils se démarquent !

Sons of Metal : Que penses-tu de la situation du metal en France ?
Ch. : Je pense qu’on a un public compliqué en France…
Pour qu’un groupe soit respecté par le public français, souvent, il faut d’avoir qu’il soit respecté à l’étranger…
Les français sont chauvins, mais pas dans le bon sens. Ils ne sont pas fiers des « produits » français mais des français qui ont réussi à l’étranger.

« Je suis extrêmement fier de la présence de T.A.N.K… »

Sons of Metal : Pour être dans l’actualité, le Hellfest a donc dévoilé la dernière salve de groupe (il reste 3 groupes à annoncer) que penses-tu de cette affiche 2013?
Ch. : Ah… Le Hellfest et son affiche… délicat. Cette année, je suis plus penché du côté Sonisphère, car il y a tous les groupes de mon adolescence. Contrairement au Hellfest où il y a les groupes de l’adolescence de ma grande sœur…
Je pense que tout le monde peut trouver son compte au Hellfest mais pour ma part, pas sur les mainstages.
Après, je suis extrêmement fier de la présence de T.A.N.K (un de nos groupes) et THE ARRS que l’on croise souvent !

« … et The Arrs! »

Sons of Metal : Est-ce que tu n’as pas l’impression, comme beaucoup de personnes, qu’ils ont trop misé sur le côté « vieille scène » ?
Ch. : Oui, je disais cet après-midi à ma collègue (qui a quelques années de plus que moi) qu’ils avaient joué trop « Old School ». Elle m’a répondu qu’ils ont joué « Grands classiques ».
Après, ce qu’il faut reconnaitre, c’est que le Hellfest propose de très beaux groupes.

Sons of Metal : L’interview touche à sa fin, un petit mot à ajouter ?
Ch. : Kate Middleton, je te déteste ! (rires)

Sons of Metal : Un grand merci à toi d’avoir répondu à nos questions et à celles des chatters !
Ch. : Merci à vous !

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commentaires
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